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lundi 11 février 2013

Ariane : Audrey raconte des mythos!

A force de voir tout ces films qui parlent d’amour à Paris, je commence à comprendre d’où vient cette lueur dans les yeux des étrangers dès que tu leur dis que tu es française et que tu habites près de la capitale… J’ai eu le droit à des « How romantic ! » ou « French girls are so bold ! »… ouais ouais… Enfin bref, merci Hollywood de prendre soin de notre réputation!


Donc voilà comme je le disais on a droit à un joli conte entre un milliardaire coureur de jupons qui enchaîne les aventures sans lendemain, faisant le bonheur de la presse à scandales, et une petite étudiante au conservatoire, encore ingénue et fleur bleue, qui voit l’amour même dans les affaires d’adultères les plus sordides… Ils se rencontrent l’après midi au Ritz, elle l’aime et pour le rendre jaloux elle lui fait croire que comme lui elle a roulé sa bosse. Un guide alpin, un toréador, un banquier belge, aahhh l’amour libre! Elle est mignonne la petite Ariane avec ses fausses liaisons, on se demande quand le château de cartes va s’écrouler.

L’amour libertin est un thème osé pour 1957, donc bien évidemment la réalisation de Wilder est dans la suggestion, tout se passe derrière les portes fermées et « il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives » comme le dit le père d’Ariane, joué par un Maurice Chevalier à l’accent français délicieux. Il y a cette dualité entre l'amour scandaleux, que le père d'Ariane veut cacher à sa fille, et l'amour vertueux qu'elle espère vivre.


Il y a quelques belles trouvailles dans ce film, notamment l’orchestre de tziganes, toujours prêts à dégainer leurs instruments pour jouer « Fascination », ils sont un élément cocasse du décor de cette idylle. Et puis il y a la dernière scène, à la gare, la meilleure à mon avis, très émouvante.

Mais deux choses m’ont profondément choquée tout de même. Premièrement, si moi j’étais dans la rue, et qu’un camion de nettoyage venait à me couvrir de flotte, je cesserais toute activité pour pousser une gueulante. La deuxième chose c’est qu’il faudrait empêcher cette bourgeoise de frapper son chien comme ça, elle a rien fait la pauvre bête…

Note: 7/10
Ariane de Billy Wilder (1957)
Avec: Audrey Hepburn, Gary Cooper, Maurice Chevalier

jeudi 7 février 2013

Irma la douce : Madame Irma et ses boules

Après La garçonnière, j’ai décidé de me repasser Irma la douce, non par parce que j’avais peur de l’avoir sous-évalué comme ce dernier, mais parce que j’avais le souvenir d’un moment bien jubilatoire.


Ce film est une grosse blague, une farce bien loufoque se passant dans un Paris déluré et coloré, où les filles de joies se targuent de faire carrière et d’entretenir leur mac.
Shirley MacLaine incarne Irma, une belle prostituée très populaire dans la rue Casanova. Elle voue un culte à la cigarette et à la couleur verte, de ses bas au nœud dans ses cheveux, en passant par celui de son caniche alcoolo, tout y passe (et je dois avouer qu’elle le porte bien)! Jack Lemmon est quant à lui Nestor, un flic devenu le souteneur d’Irma après avoir été limogé pour avoir été trop zélé. Il attend avec les autres macs au bar de Moustache, l’homme qui exerça mille et un métiers, pendant qu’elle reçoit ses clients à l’hôtel…


On est alors embarqué dans un tourbillon de folie douce et drôle, qui se moque gentiment des mœurs moralisatrices. J’adore qu’Irma déplore que sa mère ait abandonné sa carrière de prostituée pour devenir caissière, j’adore qu’elle devienne folle de joie parce qu’elle va pouvoir acheter une voiture à son homme et j’adore quand Nestor fait son grand timide et ne veut pas se déshabiller devant une Irma pratiquement déjà nue… C’est juste le monde à l’envers! La situation conjugale normale, où l’homme entretient sa famille et où la prostitution est honteuse, est complètement inversée et c’est un renversement des clichés bien sympathique et amusant. La chair et le péché sont à l’honneur, et ce n’est pas Miss MacLaine qui me contredira… ! 

Je comprends bien que tout ce kitch peut paraître horrible à certains mais moi j’ai passé 2h15 sur un nuage, et même si les dernières minutes sont complètement tirées par les cheveux, après 2h de ce bonbon hallucinatoire, ça passe presque tout seul…

Note: 8/10
Irma la douce de Billy Wilder (1963)
Avec: Shirley MacLaine, Jack Lemmon

La garçonnière : "Some people take, some people get took."

Je suis bien contente de m’être décidée à le revoir celui-là ! Le petit 7 que je lui avais infligé me faisait mal au cœur. Sans doute parce que j’ai vu le film trop jeune, il ne m’avait laissé qu’un vague souvenir sympathique mais pas franchement grandiose. Or ce que j’ai vu hier soir n’est rien de moins qu’une petite merveille.


Il est étrange que ce film tellement charmant et drôle cache de si sombres critiques de l’Homme, à l’image de ce moment où, alors enchantés par Jack Lemmon (Baxter) qui égoutte des spaghettis avec une raquette de tennis, Shirley MacLaine (Fran) nous sort sa terrible théorie sur les deux catégories d’individus existantes, ceux qui prennent, et ceux qui sont pris.

Et c’est en effet tout ce dont parle le film. Ceux qui prennent par la force ce qu’ils désirent, un appartement, une promotion, une femme ! Et ceux qui sont pris, qui subissent ces désirs : Baxter prête son appartement parce qu’il ne sait pas dire non et voit une promotion potentielle, les secrétaires se laissent berner par des promesses de divorces de leurs amants mariés, ou se font pincer les fesses dans les ascenseurs par de gros pervers… Le film dénonce le fonctionnement d'une société impersonnelle, où ceux qui réussissent sont ceux qui trichent, soudoient, menacent, et non ceux qui méritent, comme le découvrira à ses dépends Baxter.

Ce ton cynique (attention spoiler) est également souligné par la tentative de suicide de Fran et le presque complet désintéressement du responsable de ce drame, à l’image de l’individu en détresse dont la société n’a que faire. Elle est sauvée par Baxter, un homme comme elle, pris dans les filets des « takers », avec un cœur gros comme ça.


Heureusement d’un autre côté on a une comédie romantique joyeuse et amusante, pleine de douceur et de moments charmants. Jack Lemmon est génial dans ce personnage d’amoureux transi et timide, un peu maladroit mais tellement généreux, qui joue au gin et fait la cuisine. Shirley MacLaine ressemble à un petit oiseau blessé, délaissée par la vie et pourtant parfois tellement pleine d’entrain. Un petit coup de cœur aussi pour les voisins de Baxter, un médecin et sa femme, qui apportent une belle touche d’humour au film. Avec à la fois un regard plein de reproches et de bienveillance pour Baxter, il sont une véritable soupape de gentillesse et de solidarité.

Une magnifique comédie donc, qui même en faisant un constat terrible, n’arrive pas à nous ôter le sourire béat provoqué par la dernière scène…

Note: 10/10
La garçonnière de Billy Wilder (1960)
Avec: Shirley MacLaine, Jack Lemmon, Fred MacMurray