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vendredi 12 septembre 2014

Indiscrétions : "With the rich and mighty, always a little patience"

Quand je repense à Indiscrétions, ce qui me vient à l’esprit c’est sa perfection. Il n’y a rien à enlever, rien à ajouter et rien à modifier dans ce film. Chaque scène a sa place, chaque réplique a un but, chaque personnage est parfaitement travaillé. Il n’y a rien que je changerais et ceci n’est pas le privilège de beaucoup de films.


Tout se déroule le temps d'une journée, où Tracy Lord (Hepburn), parfaite figure de la haute société de Philadephie prépare son mariage avec le nouveau riche George Kittredge. Seulement son ex-mari, C.K Dexter Heaven, bien né lui aussi, ne l'entend pas de cette oreille et décide, en faisant entrer incognito deux journalistes chez Tracy, de saboter ses plans matrimoniaux.

Hepburn, Hussey et Stewart
Je ne vois pas comment Katharine Hepburn pourrait être plus parfaite! Complètement calqué sur elle, mais surtout sur l’image qu’elle reflétait en société, c’est le rôle qui lui a permis de revenir au plus haut sommet de sa carrière cinématographique. Hepburn qui joue Hepburn c'est formidable : la façon qu’elle a de s’adresser aux gens en relevant le menton de dédain, en articulant ses mots comme si chacun d’eux était une arme, n’a d’égal que sa capacité à faire apparaître sur son visage, en une fraction de seconde, une vulnérabilité touchante et des étoiles dans ses yeux.

Avec elle pour la tourmenter, on a l'élégance incarnée, Cary Grant, et le beau et nonchalant James Stewart (Grant et Stewart partagent d’ailleurs une scène hilarante de hoquet…). Avec un tel trio je ne vois pas comment on pourrait rater un film!
Pour les accompagner, une magnifique brochette de seconds rôles, hilarants chacun dans leur style, dont une gamine hyper fufute hyper drôle (surtout quand elle fait son numéro de danse/chant au début!) et une photographe aux répliques cyniques mais pragmatiques, la formidable Ruth Hussey.


Après tout ce beau monde, ce qui m’intéresse c’est la cause du film. Il défend l’humain, la faille, la perfection dans le défaut, et je trouve ça chouette. Les gens sont souvent intransigeants envers le moindre problème, sans essayer de le surmonter ou de faire avec, ce qui est d’autant plus vrai aujourd’hui. Hepburn redevient humaine aux yeux du monde!

Ce qui est aussi amusant, c’est de voir que ceux qui s’en sortent, Dexter et Tracy, sont issus de la haute société, alors que George, le parvenu, repart bredouille. D’habitude ce sont toujours les riches qui en prennent pour leur grade et les pauvres qui obtiennent justice! Mais le film décide de ne pas catégoriser les gens par leur classe mais par leur humanité, et le parvenu a beau avoir trimé pour gagner son argent, ça ne fait pas de lui quelqu’un de meilleur.


Pour moi cette comédie est parfaite dans ses dialogues incisifs, son humour intelligent, son rythme et je pense que Cukor a réalisé ici, grâce à la pièce de James Barry dont le scénario est tiré, son chef d’œuvre ultime.
Ce film est représentatif d'une époque où la comédie n'était pas rabaissée au rang de seul divertissement, mais avait sa place avec les drames, sous les honneurs. Je ne dirais pas que les gens sont devenus snob mais plutôt que l'écriture d'une bonne comédie demande de s'élever au delà du vulgaire, ce que les comédies contemporaines font rarement.

Virginia Weidler, enfant actrice géniale!
Alors voilà, si vous cherchez la meilleure comédie du monde, n'attendez plus!

L'info en plus!: Hepburn avait les droits du film (Howard Hughes les lui avait offerts), et voulait à l'origine Clark Gable et Spencer Tracy. Elle n'a pas perdu au change...








Note: 10/10

Indiscrétions de George Cukor (1940)
Avec Katharine Hepburn, Cary Grant, James Stewart, Ruth Hussey, Henry Daniell et Virginia Weidler

jeudi 14 février 2013

Seuls les anges ont des ailes : Jean veut encore!

Bonnie Lee fait escale dans un petit port bananier d’Amérique du Sud, Barranca, où elle rencontre les hommes d’une petite compagnie aéropostale, chargés de délivrer le courrier au delà des Andes. Le boss c'est Goeff Carter, un homme fataliste apparemment sans coeur, dont Bonnie ne pourra que s'amouracher bien évidemment, même si Goeff, lui "never ask anything from any woman"...


Tout comme Bonnie, on débarque dans la vie de ces pilotes et on découvre leur quotidien, leur façon de faire face à la mort. Pas de chichis si on ne veut pas craquer, il faut oublier ceux qui ont péri et penser à la prochaine éclaircie qui annoncera un nouveau décollage. Le film mêle avec brio les moments de bravoure et de virtuosité, à ceux beaucoup plus intimes où les peurs et les peines les plus enfouies refont surface. C’est un film plein d’humanité, dont le ton sonne toujours juste.


J’aime beaucoup le confinement dans ce restau/bar/hôtel qui sert de décor principal à l’histoire. Un huis-clos comme je les aime, un peu étouffant, très peuplé parfois, où tout repose sur le génie des dialogues et des acteurs.
Des acteurs formidables donc, emmenés par Cary « Like a boss » Grant évidemment, mais les autres sont loin d’être en reste, que ce soit Thomas Mitchell, le meilleur pote, Kid, 22 ans de carrière mais toujours aussi téméraire et attendrissant, ou bien Sig Ruman dit Dutchy, le propio au grand cœur qui n’aime pas les avions…


Mais pour moi le génie de ce film repose aussi sur le casting de Jean Arthur, actrice très intéressante et assez unique. Elle n’a peut-être pas le sex-appeal ni la beauté d’une Rita Hayworth (que je trouve au demeurant plutôt ordinaire dans ce film), mais elle possède cette sorte d’aura, de charisme qu’elle promène partout dans ce boui-boui avec sa voix si particulière. D’une certaine façon, elle fait un peu tâche dans cet univers de pilotes sans lendemain. Parfois maladroite, elle s’accroche à Geoff (Grant) d’une manière un peu désespérée mais toujours fière, le remettant à sa place bien des fois d’ailleurs ce qui fait plaisir. Elle a un jeu des plus formidables : regardez la balbutier, au moment du petit déjeuner, à la fois gênée et offusquée, regardez la rembarrer Rita lorsque cette dernière fait irruption dans la chambre de Geoff…



Elle est juste géniale, à l’image de ce film.

Note : 10/10
Seuls les anges ont des ailes de Howard Hawks (1939)
Avec Cary Grant, Jean Arthur, Thomas Mitchel, Sig Ruman, Rita Hayworth

Gunga Din : Les tribulations de 3 soldats en Inde

Grant, McLaglen et Fairbanks forment un trio de choc dans l’armée Britannique postée en Inde. Les combats héroïques et pleins de panache constituent leur quotidien, on en a d’ailleurs un bel échantillon au début du film : cascades, lancers de dynamite, combats à mains nus, rien n’arrête les trois compères, et ces scènes sont pleines de drôleries. Il vont ensuite avoir affaire à la secte des Thugs, adorateurs de la déesse destructrice Kali, scénario qui inspira le deuxième volet d'Indiana Jones.


Mais pour moi, ce qui fait surtout le charme du film, c’est toute sa partie entre les deux moments de bataille, quand le trio se retrouve au camp. On passe alors à des scènes de camaraderie très sympathiques, où McLaglen et Grant s’en donnent à cœur joie. Ils essayent entre autres de convaincre Fairbanks de rester dans l’armée et pour cela ils usent de stratagèmes assez comiques. Mention spéciale également à la scène où Grant surprend Gunga Din (le porteur d'eau) en train d'imiter les soldats: une pépite de rires.

Je ne sais pas vous, mais moi je ne peux résister à ce bourru de McLaglen, rien que sa tête me fait marrer. Je ne le connaissais que de « L’homme tranquille » (film très cher à mon cœur), où déjà il était absolument génial, et "Gunga Din" marque donc son entrée définitive parmi mes chouchous (grand honneur j’en conviens !).

La bataille finale dans le temple, est plus sérieuse que la première, un brin coloniaiste et aussi un poil trop longue, mais on peut voir Grant cabotiner joyeusement alors on pardonne. Un film de camaraderie et d'aventure sympathique qui gagnerait à être connu!

Note: 7/10
Gunga Din de George Stevens (1939)
Avec Cary Grant, Victor McLaglen et Douglas Fairbanks Jr