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vendredi 19 décembre 2014

Les 39 marches : Un sandwich Donat avec Carroll

Les trentre-neuf marches est sûrement le premier film d'Hitchcock a avoir été considéré comme un chef d’œuvre. Il est plutôt surprenant de constater qu’un film considéré comme un classique du film d’espionnage trouve son principal intérêt dans le comique.


Je m’explique. Une belle femme s’invite chez le héros, prétendant être une espionne (ce qui n’est pas une information qu’on lâche si facilement d’habitude), et lui demande à manger et là, monsieur lui fait cuire du haddock pendant qu’elle raconte une histoire sur un homme amputé du petit doigt… Du haddock?!! Deux minutes plus tard, cette même femme s’écroule sur le lit du gentleman dans une scène de mort aussi irréaliste que drôle. Notre héros doit fuir. Et là je me suis dit "Attends, c'est ça les 39 marches?". Je ne m'attendais pas à un démarrage aussi insolite.

 

Les trucs géniaux s’enchaînent ensuite dans les scènes de fugue, comme un moment de complicité avec la femme d'un faux-jeton de fermier, ou un discours politique improvisé qui enthousiasme la foule, moment propice pour Hitchcock pour y faire figurer son plaidoyer pour la paix…(n'oublions pas qu'en 1935 les pays européens se guettent...)
Le sagouin de fermier et sa femme au bon cœur



Enfin le plus grand atout du film c’est sans aucun doute son duo d’acteurs formé par Donat et Caroll, grand classique du couple querelleur qui n’est pas sans rappeler les heures glorieuses de Gable et Colbert dans New York-Miami sorti un an plus tôt. Les scènes à l’auberge, menottés, sont de toute beauté; on peut d’ailleurs déjà y voir le goût qu’avait Hitchcock pour la dissimulation de scènes érotiques dans ses films (je pense notamment au moment où elle retire ses bas). A noter aussi la femme romantique de l’aubergiste, elle est bien mignonne quand elle rembarre les deux zozos qui poursuivent nos héros. Je crois que j'ai un faible pour les braves gens au cœur noble et innocent... aaahh...

Carroll et Donat

Le dénouement de l’intrigue n’a finalement que peu d’importance après tout ce bazar, et même si le questionnement autour des 39 marches ne trouve qu’une explication au goût d’inachevé, on s’en fiche, on s’est bien amusé. 
J'ai vu beaucoup de films d'Hitchcock avant de voir enfin celui-ci (26 pour être exacte), et c'est étonnant de constater que sa période anglaise faisait beaucoup plus dans la comédie que sa période américaine, plus centrée sur le suspense (je pense notamment aussi à Une femme disparaît, film d'espionnage comique mais engagé de 1938, que je vous conseille ardemment).

Note: 9/10

Les 39 marches d'Alfred Hitchcock (1935)
Avec Robert Donat,  Madeleine Carroll, Lucie Mannheim, Godfrey Tearie, Peggy Ashcroft

mercredi 13 février 2013

La maison du docteur Edwardes : Quoi de neuf docteur Freud?

Il faut avouer qu’Hitchcock a toujours été mon chouchou. C’est avec Les Oiseaux que j’ai commencé ma carrière (encore bien jeune certes) de cinéphile, et j’ai dû voir un bon nombre de ses films avant d’enfin me tourner vers Ford, Hawks et autres Mankiewicz.


Et donc en revoyant La maison du Docteur Edwardes pour la troisième fois hier soir, je me suis rendu compte que, à l’instar de Les enchaînés, même si je l’aimais beaucoup avant, je le chéris encore plus maintenant. Comme si mon œil plus expérimenté appréciait davantage la merveille qu’on lui présente.

Hitchcock s’attaque ici au thème de la psychanalyse, innovant et audacieux pour l’époque, mais tout en gardant cet esprit de film noir, où l’intrigue presque policière nous tient en haleine. Ce qui est d’autant plus géniale de la part du maître, c’est d’avoir choisi d’utiliser une femme pour incarner le médecin : Ingrid Bergman en psychanalyste sérieuse, avec lunettes et blouse, et traitée d’iceberg par son collègue à l’allure un peu trop perverse à mon goût pour cacher d’honnêtes intentions. On est donc loin du personnage de femme hystérique généralement associée à l’idée freudienne…


Son patient est un Grégory Peck certes terriblement séduisant, mais aussi très passif, tel un pauvre petit chiot qui a besoin qu’on prenne soin de lui. Heureusement qu’Ingrid, avec sa classe démesurée et sa luminosité, est là pour le sauver.

Plus tard, lorsque l’iceberg fond et que les médecins mâles commencent à ôter toute crédibilité aux théories de la psychanalyste amoureuse, on a envie de dire, en tant que femme, qu'ils peuvent aller se pendre. Et je remercie Hitchcock d’avoir montré que non, une femme amoureuse même si elle a une attitude un peu niaise, ne devient pas complètement débile, et que non, les femmes ne sont pas de sombres sottes dès qu’on leur enlève leurs lunettes et leur blouse blanche. Pour preuve, le détective de l’hôtel est tellement imbu de son soi-disant talent qu’il se laisse berner par notre charmant docteur. Voilà, c’était mon petit quart d’heure féministe, ça fait pas de mal.


Un autre point génial de ce film est la séquence de rêve imagée par Dali. Tout le processus de dénouement de l’énigme découlant de celui-ci est tout simplement fascinant.
Je ne doute pas que les méthodes de psychanalyse sont un poil plus compliquées et longues en réalité, mais Hitchcock a su utiliser au mieux le sujet pour nous servir un film policier original et très charmant.

Note: 8/10
La maison du docteur Edwardes d'Alfred Hitchcock (1945)
Avec Ingrid Bergman et Gregory Peck

samedi 9 février 2013

L'ombre d'un doute : Parlera ou parlera pas

Charles Oakley, personnage sombre et mystérieux, arrive chez sa famille, où on l'adore, surtout sa nièce Charlie. Mais très vite le comportement de cet oncle et les dires d'un détective vont faire germer des doutes dans l'esprit de la jeune fille, tiraillée entre l'amour pour son oncle et la justice.


On sait dès le début que Joseph Cotten/Charles n'est pas clair, mais c'est très avancé dans le film qu'on apprend de quoi il est coupable. A partir de ce moment là, tout dépend de Teresa Wright/ Charlie, sur qui repose la responsabilité d'aider les enquêteurs qui le filent et trahir son oncle ou bien aider ce dernier à s'enfuir.
Hitchcock tient ainsi une petite ville en otage, admirative de cet homme apparemment formidable, et complètement inconsciente de sa vraie nature. Seule la pauvre Charlie de plus en plus torturée au fil du film, sait de quoi il en retourne, et c'est son duo/duel avec Cotten qui apporte toute la tension dramatique. Car très vite il se rend compte qu'elle sait, et il s'installe ainsi un jeu du chat et de la souris, et on épie quel sera le prochain mouvement de l'un et de l'autre...


ATTENTION SPOILER!!

On remarque le point culminant de la tension arriver au moment de la scène du dîner, ou Hitchcock film en gros plan le monologue que tient Charles à propos des veuves qui le dégoutent tant. Le regard terrible qu'il porte alors à Charlie révèle en lui une nature mauvaise, et on le sait alors capable du pire, ce qui se vérifiera d'ailleurs par la suite lorsqu'il essayera de faire taire Charlie.
Le rôle de la famille autour de ce duo est très important car il permet de contrebalancer la tension autour des deux protagonistes. En effet, on parle beaucoup mais on ne s'écoute pas , entre la petite sœur "rat-de-bibliothèque-madame-je-sais-tout", la mère adoratrice aveugle, et pourtant touchante, de son frère et le père qui s'amuse avec son voisin ( et c'est là toute l'ironie...) à trouver le meilleur moyen de commettre un meurtre; on comprend tout l'univers d'insouciance et de futilité auquel Charlie veut échapper. Il est surtout l'illustration de ce que hait Charles dans ce monde. Encore un point commun entre nos deux Charlie..
La fin nous fait comprendre que le monde n'est ni blanc ni noir, et que même quelqu'un qui a toute notre confiance peut nous décevoir et être capable du pire. La morale est sauve car le "méchant" est puni, mais c'est au prix de l'innocence de Charlie, et on voit donc que la réalité n'est ni parfaite ni évidente.

FIN SPOILER!

Tout le cast est formidable mais Teresa Wright et Joseph Cotten sont excellents dans ce jeu de tension. Un de mes Hitchcock préférés, que je ne peux que vous recommander.

Note: 9/10
L'ombre d'un doute d'Alfred Hitchcock (1945)
Avec: Joseph Cotten, Teresa Wright